Mon corps en vrac

Ma chère lectrice, mon cher lecteur,
Ah, l’été est enfin là, ces deux mois les plus propices aux rencontres :)
Ce petit texte a été écrit suite à un appel à textes érotiques. Attention, même s’il est saupoudré de sensualité, ce texte n’est pas très cru, car ce n’est pas mon genre d’écriture. Mais c’était pour moi l’occasion d’écrire sur une rencontre.
D’une rencontre d'un soir.
Ou pour toute la vie, qui peut savoir.
Je te souhaite une belle lecture.

Les thèmes : Amour * Rencontre * Cicatrices * Partage * Evidence * Sensualité *

***

— Tu es sûre ?

— Oui.

— Je… je ne veux pas que tu te forces.

Tu relèves le nez, m’offres un regard interrogateur. Mon cœur éclate dans ma poitrine, je suis si mal à l’aise, si maladroit. Mais toi, tu te mets à rire. D’un rire pur et sincère qui éclaire les ténèbres qui me rongent.

— Me forcer ? De quoi parles-tu ?

Je baisse les yeux, observe mon corps meurtri de cicatrices. Mon corps que je déteste, qui marche mal. Mon corps abîmé. Je suis alors pris de panique, de celle qui vous fait douter, qui vous fait fuir, alors qu’une nouvelle chance se présente à vous et pourrait tout changer.

Tu as vu mon malaise, senti mon inquiétude. Cela n’empêche pas tes doigts de courir sur mon torse, de défaire les boutons de ma chemise.

Un premier bouton.

Ta langue danse sur tes lèvres lorsque tu me demandes :

— Tu es inquiet ?

Je hoche la tête, honteux.

— Pourquoi ?

J’ouvre les bras, te désigne mon corps. Ma voix se brise sous ma réponse :

— C’est… je… ce ne sera pas… comme avec les autres.

Chaque mot me coûte, me brise, brûle ma langue. Connaître ses faiblesses est une chose, te les avouer à toi, la belle inconnue qui m’a invité chez elle, en est une autre.

Car je sais parfaitement ce que je fais là, ce qu’il va se passer entre nous.

Je me suis traîné dans ce bar car je n’en pouvais plus de tourner en rond chez moi. Mon intérieur m’oppresse, chaque jour est pire que le précédent. Ça tourne, ça tourne, et je ne vois aucune issue à mon mal-être. Alors j’ai pris ma veste et poussé la porte du premier bar trouvé. Je me suis accoudé au bar, avec l’unique envie de me saouler.

Je n’ai même pas eu le temps de commander que tu étais là, à mes côtés.

Tu t’es assise, as commandé deux verres.

Je t’ai longuement contemplée, comme si je doutais de ce que mes yeux voyaient. Un petit corps léger, un nuage, un rêve, voilà ce que tu m’as semblé être. Si j’avais été ivre, je t’aurais prise pour une apparition divine.

J’aurais cru à un ange tombé du ciel.

Nous avons discuté, nous avons bu.

Tu as été directe, m’as dragué sans aucune gêne. Je ne pouvais pas détacher mon regard de toi, impressionné par ton aisance, et flatté que tes yeux se soient posés sur moi alors que je fuis tout contact avec les femmes.

Tes grands yeux verts ont plongé dans les miens, tes lèvres m’ont offert un doux flot de paroles.

J’avais peur que tu te moques, mais tes yeux et tes lèvres ne m’offraient que douceur et bonté.

Nous avons parlé de tout, de rien. Comme si nous nous connaissions depuis toujours, comme si nous étions déjà intimes.

Après quelques verres, tu t’es levée. Tu m’as pris la main, tu as décidé qu’il était temps.

L’alcool m’embrumait les idées, je ne voyais plus clair. Je t’ai suivie. Qu’aurais-je pu faire d’autre, de toute façon ? J’ai été à toi dès cet instant où tu as posé ton regard sur moi.

Et, maintenant, je suis là, face à toi.

Et j’ai peur.

Peur de te décevoir.

Le dernier bouton d’ouvert, et ma chemise qui tombe sur le sol. Dans un frémissement, dans un soupir, comme celui qui s’arrache de mes lèvres tremblantes. Je cligne des yeux, sors de mes songes. J’étais si bouffé par mes angoisses que j’avais arrêté de regarder ta beauté.

Tu me souris. D’un sourire sincère. De celui qui illumine tant le monde qu’il en éclipserait la lumière du soleil.

Tu te mords les lèvres. D’un désir évident. De celui qui fait s’effondrer toutes mes barrières.

Tes doigts fins râpent le contour de ma mâchoire. Tu me chuchotes d’une voix douce :

— Tu ne veux plus ?

Mon souffle se coupe.

Bien sûr que si. Bien sûr que je crève d’envie d'être en toi.

Je déglutis, hoche la tête, les mots ne voulant pas s’arracher de ma langue. Putains d’angoisses qui m’étranglent la gorge. Tu insistes :

— Dis-moi…

— Je ne veux pas que tu aies pitié, finis-je par lâcher.

Tu fronces les yeux et je te sens contrariée. Mais pas longtemps car un sourire espiègle s’affiche sur tes lèvres.

— Idiot, me souffles-tu en te hissant sur la pointe des pieds.

Tes lèvres s’écrasent sur les miennes, ta langue force l’entrée de ma bouche. Tu t’en empares, la conquiers. Mes sens explosent sous ton assaut. Je me laisse faire, parce que c’est toi, parce que c’est bon. Tu m’envahis, me goûtes, ta saveur explose sur ma langue.

Tu as le goût du délice, du plaisir retrouvé. D’un désir que je pensais avoir oublié, auquel j’étais certain de ne plus jamais goûter.

Une de tes mains griffe mon dos, tandis que l’autre déboucle ma ceinture.

Tu me débarrasses des tissus qui recouvrent ma chair détruite. Et me voici nu devant toi.

Je souffle. Sous l’angoisse, sous la honte. Je ferme les yeux à nouveau car je t’offre tout.

Mon âme mise à nue.

Et mon corps brisé.

— Ouvre les yeux.

Je fais ce que tu me dis, je t’obéis car je suis à toi. Corps et âme. Quoi qu’il se passe, et à partir de ce jour, je serai à jamais différent.

Tu poses ton menton sur mon torse, fais danser tes doigts autour de mon sexe qui t’appelle, qui te supplie. Tes pommettes se parent d’une belle couleur rouge, car même dans ton audace, tu restes pudique. Tu me chuchotes :

— Je te veux.

Mon corps se tend vers toi. Je souris car je pensais mon désir mort à jamais. Et pourtant, il est là. Il monte, monte comme une vague.

— Je te veux toi, reprends-tu. De toutes les façons qu’il soit.

Je cligne des yeux, t’offre une porte de salut, une ultime chance de me repousser :

— Je… je ne fais jamais ça. Je ne suis pas doué pour… enfin…

Les mots s’étranglent. Je me maudis, putain de douleur qui me broie la gorge.

Mais tu as déjà compris, tu sais déjà tout. Car ton âme est déjà connectée à la mienne, à la comprendre, à la soigner.

— Moi non plus, m’expliques-tu d’une voix timide. Mais quand je suis entrée dans ce bar, quand je t’ai vu, j’ai su.

— Tu as su quoi ?

— Que je ne voulais que toi.

Ton aveu me fait l’effet d’un uppercut dans le cœur. Je ne peux y croire. Je secoue la tête, les larmes roulent sur ma joue.

— Je ne vaux rien, dis-je dans un souffle.

Tes doigts chassent mes larmes. Tes lèvres reprennent les miennes, les conquièrent.

— Idiot, me répètes-tu avec douceur. Tu vaux tous les hommes du monde, et bien plus encore.

— Comment peux-tu vouloir de moi ?

Ton regard s’illumine. Ta douceur, ta bonté, et ton âme entière me pénètrent, me foudroient.

Tu ris. Tu ris encore et encore.

— Comment pourrais-je ne pas vouloir de toi ?

Je veux répliquer, mais tu me fais taire d’un nouveau baiser. Alors je sombre, rends les armes sous la douceur de ton corps.

— Alors prends tout de moi.

Je te donne enfin la permission que tu attendais. Tes ongles s’enfoncent dans mon dos, racle sa peau, alors que l’autre main prend plaisir à jouer avec moi.

Je gronde contre ta bouche, mon corps accélère, mon bassin tangue, se calque sur tes caresses, profite d’être prisonnier de ta main. Mon désir s’accroît, me fait tout oublier. La douleur, la peur, mes craintes s’envolent soudain, laissent place au désir. Mes lèvres mordent les tiennes, les marquent, les laissent à vif. Et mes mains, mes mains pourtant si timides, si gauches, qui ont oublié comment offrir du plaisir, se posent enfin sur tes hanches.

Mais elles n’y restent pas. Elles descendent sur tes fesses, les empoignent.

Tu portes une petite robe d’été qui t’arrive à mi-cuisses. Il m’est si facile de la retrousser, de glisser mes doigts sur ta peau nue.

Tu gémis entre mes lèvres, te sens haletante du plaisir que mes mains vont t’offrir. Mais je te fais languir, me délecte de la soie de ta peau.

Ta peau douce, divine, tes fesses rebondies.

À contrecœur, je te détache de moi.

Tu retires tes mains, tes doigts malicieux et joueurs. Je me sens vide, dois me faire violence pour ne pas te supplier de continuer tes caresses sur mon corps.

J’agrippe le tissu de ta robe, tu lèves les bras. Le vêtement s’envole. Mes mains retrouvent ta taille, ton dos, retirent la dentelle qui me bouche la vue de ta poitrine.

Nouveau vêtement qui tombe au sol.

Alors je les vois enfin, tes seins offerts à mes yeux et ma bouche.

Je me jette sur toi. Tu trembles sous la surprise, étonnée de me voir prendre les commandes.

Mais tu me laisses faire, acceptes tout de moi.

Tu halètes, cries sous mes caresses.

Je souris. Tu es vraie, tu ne contiens aucun de tes cris, tu te laisses aller au désir.

Je te laisse reprendre ton souffle, tombe à genoux, retire le fin tissu qui m’empêche d’accéder à ton sexe.

Tu cherches à retirer tes escarpins, mais je te l’interdis. Tu es si belle, si désirable, juste habillée de ce cuir noir aux talons si hauts que je me demande comment tu peux tenir dessus.

Tu poses tes yeux brillants de désir sur moi.

Tes lèvres frémissent alors que je soulève une de tes jambes et la pose sur mon épaule.

Tu rejettes ta tête en arrière. Tu gémis alors que ma langue ouvre tes lèvres, que ma bouche prend plaisir à embraser ta chair.

Tes doigts accrochent mes cheveux, les tirent, les malmènent à m’en faire mal. Mais je m’en fous. Ce n’est rien, comparé au bonheur de te sentir sombrer sur mes lèvres.

À cet instant, tu es à moi, prisonnière du désir que je veux t’offrir.

Ça vibre entre tes jambes, entre ton sexe.

Le mien est au supplice.

Je pensais mon désir mort à jamais. Je pensais ne plus jamais pouvoir toucher une femme. Il n’en est rien. Mon corps me fait mal, mais pas de sa douleur quotidienne qui me broie. Non. C’est d’être si tendu que je souffre.

Ton plaisir inonde ma bouche, ton cri rauque résonne dans la chambre.

Je te retiens de chuter, te ceinture contre moi.

Ton corps est engourdi, mou, tremblotant. Tes jambes s’agitent, je sens ton sexe te brûler. Le mien me hurle de m’inviter en toi.

Je te porte sur le canapé. Tu te laisses faire.

Je te retourne, t’assois à genoux. Tu te laisses faire.

Ta chair est nue, offerte, en attente d’une nouvelle extase. Tu tournes la tête, me regardes, fais glisser ta langue sur tes lèvres, t’accroches aux coussins, les broies de tes mains.

Mes doigts glissent le long de ta colonne, de tes reins, s’attarde sur ta peau rebondie.

— Tu as un cul sublime, dis-je.

Tu ris, d’un joli rire cristallin.

Tu n’es pas choquée par les mots crus qui s’échappent de mes lèvres. Tu joues le jeu, agites tes fesses pour me tenter.

— Viens, m’intimes-tu.

Je m’avance. Une main sur ta taille, l’autre sur l’épaule.

Je me glisse en toi, ta chaleur m’envahit.

Mes mains accrochent ta peau, tu me laisses dicter le rythme. Rapide. Fort. Brut.

Je colle mon torse sur ton dos, bouge plus vite. Ta peau se pare de sueur, tes lèvres lâchent une litanie de cris.

Encore. Encore. Encore, tu me supplies.

Ma langue lèche la peau de ton dos. Ta chair est divine, son goût exquis.

Ta peau douce qui a le goût du plaisir.

Nos mains se trouvent, s’emmêlent.

Nos cris se font plus puissants.

Je nous sens partir, je nous sens chuter.

Nous deux, à égalité.

— Remplis-moi de toi, me chuchotes-tu.

Je serre les dents, t’offre ce que tu m’implores. Tes doigts broient les miens.

Et je me tends, jouis au fond de toi.

Je te retiens contre moi, incapable de te lâcher. Je nous allonge sur le canapé, tremblants, couverts de sueur. Nos doigts ne se sont pas quittés, ils sont toujours emmêlés.

Je souffle, reprends mes esprits. Le désir est un art, le sexe un régal sans fin. Un partage.

Je colle ma bouche contre ton oreille, te remercie.

Te remercie d’avoir guéri mon cœur, mon âme.

D’avoir guéri ce corps que je pensais détester à jamais.

D’avoir guéri mon corps en vrac.

 

© 2020 Isabel Komorebi